Les quelques jours qui suivirent la naissance de Camille ne furent pas de tout repos. Lors de leur départ de l’hôpital, les
infirmières avaient prévenue Alice et Noah que leur enfant était un bébé agité, en proie à de grandes crises de larme. En tant que parents déjà expérimentés, les deux fiancés s’étaient contentés
de rire à cette remarque. Leurs deux garçons ayant été des bébés tout aussi agités, ils rassurèrent la femme qu’ils s’en sortiraient sans aucun problème…
…
Le réveil affichait à peine trois heures du matin lorsque, une nouvelle fois, les cris incessants de ce moucheron vinrent réveiller
les oreilles délicates de Luca. Ce dernier grogna et tenta vainement de se recoucher sous son oreiller, mais rien à faire. Cet enfant incrusté depuis à peine quelques jours braillait plus fort
que quiconque. Se redressant, le visage marqué par les plis de l’oreiller, Luca jeta un regard à son compagnon paisiblement endormi à ses côtés.
- Comment tu fais ? demanda-t-il en lui lançant son coussin.
Aaron lui rendit son coup, sans pour autant ouvrir un œil. Ce dernier se retournant, Luca perçu le fin fil noir des nouveaux écouteurs
du brun. L’oreillette en forme de bouchon semblait être efficace car Aaron restait calme face au vacarme provoqué par le nourrisson.
- Tricheur !!!
Luca arracha les oreillettes de substitution, entraînant alors un grognement mécontent du brun. Là, Luca se sentait un peu plus
satisfait.
- Tu fais chier, marmonna Aaron en s’étirant le visage encore étalé dans son oreiller.
- Non. Cette sangsue fait chier ! Une semaine qu’elle est arrivée, une semaine qu’on dort plus. Si ça continue, je me barre et je nous
prends un appart.
- …
Aaron regarda sans un mot son amant se plaindre. Cette vieille manie capricieuse qu’avait retrouvée Luca dès lors que tout était
redevenu « normal » dans leur famille. Luca se plaignait, encore et encore. « C’est pas des pleurs, c’est des hurlements !!! ». « C’est un monstre… », « Elle n’est pas humaine… ».
- Nan mais c’est pas possible, je t’assure. Y a du avoir erreur avant qu’on parte de l’hôpital. Elle ne gueulait pas comme ça.
- …
- Je ne sais pas de qui elle tient…
- Oh moi je vois parfaitement de qui elle tient, coupa Aaron.
- Hein ?
- Blonde, sûrement des yeux bleues, toujours en train de brailler…non y a pas de doute les médecins nous ont bien refilé la
bonne.
- …
Aux yeux d’ahuris que faisaient Luca, Aaron explosa de rire. Le jeune homme blond était à la fois adorable et désagréable pour cette
attitude d’enfant gâté. Il n’avait eu de cesse critiquer la petite depuis son arrivée. Alice n’avais jamais trop couvé Luca mais il se plaignait aujourd’hui qu’elle s’occupe de sa petite sœur et
non de lui. Alice avait beau lui dire qu’il avait tord, cela ne faisait qu’aggraver le caractère grincheux de leur mannequin attitré.
- …non mais c’est vrai quoi, rajouta Luca boudeur. Infernale cette môme…
- …
Aaron ne pouvait s’empêcher de sourire. Il embrassa son petit ami, lui volant un baiser sur le bout du nez. Luca lui rendit son
sourire avant de se lever et de sortir du lit.
- Tu vas où ?
- Boire.
Aaron le regarda tendrement s’en aller avant de remettre ses précieux écouteurs, en plus de l’oreiller. Camille était un magnifique
bébé…mais aussi épuisant que pouvait l’être le grand frère. Le brun se remit à rire tout seul en s’imaginant Camille dans vingt ans. L’idée de lui imposer des limites dès le départ traversa
immédiatement l’esprit horrifié d’Aaron. Un Luca numéro deux…en version fille. Il n’était vraiment pas pressé qu’elle atteigne la majorité.
Luca se faufila dans la cuisine pour vider une bouteille d’eau fraîche. A l’étage, il entendait encore les hurlements du bébé qui se
poursuivaient, et les parents qui ne se levaient pas. Cette gamine avait un timbre énorme. A croire qu’elle aurait une voix puissante plus tard. Il retourna en direction de sa chambre, ses pas
discrets rythmés par les pleures incessants de l’enfant. Agacé, il fit demi-tour et grimpa à l’étage. La chambre des parents et celle du bébé était grande ouverte et Luca en profita pour s’y
aventurer. Il s’apprêtait à aller réveiller sa mère quand il vit sa mine fatiguée et encore torturée. Celle-ci devait se croire dans un mauvais rêve où l’espoir que le calme revienne s’impose à
elle.
Luca partit donc en direction de la chambre des horreurs. Entièrement repeinte en rose, les cris provenaient du berceau posé au centre
de la chambre. Luca se pencha avec précaution, le visage grincheux pour regarder cette insolente sangsue qui l’avait réveillé. Le bébé poursuivait ses pleures quelques minutes avant de croiser le
regard de son visiteur. Sans comprendre comment, elle se calma, gardant précieusement l’attention de son grand frère.
- T’es un vrai boulet dans ton genre tu sais, murmura Luca à l’attention de la petite qui commençait à gazouiller et reprendre un
teint moins rouge colérique.
Elle se mit à rire, agitant ses membres souples et très agiles déjà. Luca se redressa, la méfiance dessinée sur son visage. Ne se
moquait-elle pas du monde pour alarmer toute la maison et se calmer dès que quelqu’un se ramenait à son chevet. Comme pour confirmer, la petite se mit à sourire adorablement. Mais ce charmant
signe d’affection fut interprété comme hypocrisie par un grand frère jaloux.
- Fais dodo, ajouta Luca avant de partir rejoindre sa chambre.
Au moment où il reprit les escaliers, la petite recommença à hurler à plein poumon. Luca allait revenir vers elle lorsqu’il croisa
Noah. Son beau père descendit en sa compagnie et alla directement à la cuisine préparer un biberon. Luca lui, rejoignit son amant déjà rendormi sous la couette. La petite Camille pleura encore
longtemps jusqu’à ce qu’elle-même soit fatiguée de son propre boucan. Il était cinq heures tout au plus, et tout le monde put se rendormir dans un sommeil lourd.
Cependant, chaque nuit devint un véritable calvaire répétitif. Noah en vit obligé de dormir à l’hôtel pour garder le sommeil et la
forme nécessaire pour son travail. Comme toutes ces mêmes nuits, la petite hurlait et Alice en venait à ne plus pouvoir la calmer. Le pédiatre ne comprenait pas un tel comportement et Noah était
revenu en catastrophe cette nuit là, alarmer par les larmes de sa propre femme cette fois. Complètement démunie qu’ils étaient, ils étaient dans le salon, à bercer à tour de bras le bébé.
Luca se réveilla comme chaque nuit. Plus grincheux que jamais, il vint réveiller son compagnon pour ne pas être le seul à rester
éveillé.
- Luca… Tu recommences la nuit prochaine et je te jure que tu ne dormiras plus jamais dans ce lit.
- Je veux pas d’enfant, répondit le jeune homme qui n’avait même pas écouté.
- Ah c’est con, rechigna Aaron. J’avais prévu que tu l’halètes.
- Ah… Ah…, c’est pas drôle Aaron !
- …
Aaron, le regard noir, ne trouvait pas ça drôle non plus à dire vrai. Et comme pour le signifier, une nouvelle fois agacé d’avoir été
réveillé par son égoïste de petit ami, le brun éjecta à coup de pied son compagnon du lit.
- Hey !!!!
Aaron se recoucha tandis que Luca sortit vexé dans le salon. Il tira une chaise et s’y posa, regardant sa mère effondrée de fatigue
dans le canapé, et Noah en plein câlin intensif. Ils avaient tous les deux, des mines affreuses.
- Tu devrais la foutre en voiture, comme dans la pub, elle se calmerait peut-être immédiatement.
- La ferme Luca, clama Alice.
- Ce n’est pas drôle Luca, répondit plus posément Noah.
- Ce n’était pas censé l’être. Il faudrait quand même lui trouver le truc efficace parce que je suis sur le point de devenir proprio à
l’age de vingt ans.
- Lâcheur. Fils indigne. Ingrat.
Alice fit de multiples reproches, la voix terne et sans aucune intonation, trop fatigué pour y mettre toute l’émotion nécessaire. Noah
qui continuait de bercer la petite, observa Luca. Une idée venait de lui traverser l’esprit. Il se rappelait vaguement avoir croisé le jeune homme, une nuit. Luca sortait de la chambre de la
petite alors qu’elle ne criait plus. C’était assez flou, et il était à moitié éveillé pour sans rappeler précisément mais qui ne tente rien à rien. Alors il se décida, voulant retrouver
rapidement le sommeil. Il fourra la petite dans les bras de Luca, ce dernier protestant son mécontentement. Il se retrouva là, la gamine dans ses bras qui continuait de hurler, et la tenant
maladroitement. Luca avait refusé de la porter après sa naissance. Il s’en fichait surtout. Mais là, il se sentait vraiment idiot et ne savait pas quoi faire. Noah s’était réinstallé dans le
canapé, au côté d’Alice qui venait de poser sa tête contre son épaule.
- Berce là, conseilla Noah.
- Je fais quoi à ton avis !!
Ne faisant pas attention aux rires de Noah, Luca agita doucement les bras dans un semblant de bercement qui l’agaça très facilement.
Soupirant fortement, il regarda le visage rouge pivoine de cette capricieuse. Puis le miracle se reproduisit. Leurs regards se croisèrent et elle ne pleura plus.
- …
Luca allait pour la redonner à son beau père, heureux qu’elle est finie son vacarme, mais il se retrouva abandonné des deux adultes.
Noah et Alice s’étaient littéralement endormis dans le canapé. Luca se leva. Il voulut leur remettre dans les bras mais connaissant ces deux irresponsables, il se ravisa. Il monta alors l’étage
pour rejoindre cette chambre rose…un rose horrible qu’il ne supportait pas. Cela faisait trop princesse à son goût. Alice lui avait rappelé le bleu excentrique de sa propre chambre jadis, qui lui
avait tout autant donné des allures de prince. Mais Luca avait répondu que ce n’était pas pareil…et tout le monde avait ri.
Il déposa sa petite sœur dans son berceau et repartit sans aucune manière. Mais Camille le rappela vite à l’ordre, en braillant à
nouveau. Alors il revint sur ses pas, encore. Et il se pencha au dessus du berceau, encore. Le regard sérieux et pas content du tout, il la fixa. Elle se calma aussitôt, se mettant à glousser et
faisant des bulles de ses petites lèvres. Deux semaines, et déjà si « chiante » pensa Luca. A peine fut-il repartit qu’elle recommença son cirque. Un nouveau coup d’œil, un nouveau petit rire.
Elle n’était vraiment pas décidée à dormir. La journée, elle était comme un ange, mais la nuit, elle prenait ces allures de démon.
Luca l’abandonna une énième fois et ses pas furent repris à nouveau par les pleurs affolés de ce petit monstre. Énervé, il l’a prit
dans ses bras, sans aucune tendresse, et s’installa dans la chaise à bascule près de son petit berceau à baldaquin. Il calla la petite contre lui et se balança doucement. Comme il ne la regardait
pas, elle recommença à couiner.
- Arrête !
Le ton avait été sec et dure. Ce n’était qu’un bébé, de plus nouveau né, mais la gamine n’en hurla pas pour autant. Au contraire, elle
avait ce qu’elle voulait. Poursuivant ses lents balancements, il ne la quitta pas des yeux, observant ces moindres mimiques. Il l’a vit bailler, de sa petite bouche toute fine. Cette bouche qu’on
disait ressemblé à celle de Noah, et donc d’Aaron. Luca y regarda précisément. Et c’était vrai. Cette même petite bouche. Luca ne se rendit pas compte vraiment de ce sourire qui ornait ses
propres lèvres à cet instant. Il contempla ce bébé qui s’était calmé. Un bébé dont le silence la rendait que plus belle. Sa petite main s’était accrochée à l’un de ses doigts, le serrant de
toutes ses forces. Une force incroyable, même pour un bébé. Encore un trait d’Aaron pensa Luca. C’était drôle comme ce bébé leur ressemblait à tous les deux. Pas si drôle en fait puisqu’ils
étaient les deux grands frères. Peut être auraient-ils eux aussi un enfant qui leur ressemblerait…
Impossible… Frustré d’avoir eu une telle idée, Luca se leva doucement pour ne pas réveiller la petite. Il allait la remettre dans son
lit quand elle recommença à s’agiter. Alors il reprit sa place, gardant cette petite chose chaude contre son cœur, et se balança à un rythme régulier.
Aux alentours des sept heures, Aaron s’inquiéta de ne pas voir son amant près de lui. Il se leva, engourdi par cette nuit incomplète
malgré les apparences qu’il donnait. Car, même s’il se sentait plus au calme avec ses « bouchons », il se réveillait chaque nuit. En sortant de sa chambre, il fut surpris de voir Alice et Noah
couchés dans le canapé. Ils y dormaient profondément au point de ne pas avoir été dérangés par la lumière du jour naissant. Aaron monta à l’étage. Il chercha silencieusement sont amant. S’il
n’était pas dans la chambre des parents, alors il devait être dans une autre. En approchant de celle de sa petite sœur, sa surprise fut encore plus grande. Ce qu’il vit alors, le fit fondre de
tendresse et d’amour. Luca dormait, la tête penchée sur le coté, et la petite endormie dans ses bras. Ils étaient tellement mignons, qu’il ne put s’empêcher d’immortaliser cet instant. Sur la
commode, traînait toujours l’appareil numérique déjà blindé de photos. Il s’en empara, les cadrant correctement et saisit ce moment mémorable.
Le son que fit l’appareil sur le moment réveilla Luca. Il grimaça, la nuque raide d’avoir aussi mal dormi. Aaron vint alors
l’embrasser, son visage rayonnant encore par cette vision si charmante. Luca, devinant rapidement le pourquoi d’un si doux sourire, reprit ses airs de mannequin grincheux. Pourtant, il ne quitta
pas la petite Camille pour autant. Les deux garçons descendirent silencieusement les escaliers et s’installèrent dans la cuisine. Luca but de sa main libre son café préparé par son chéri, et
tenait de l’autre le corps pas si fébrile de sa sangsue de sœur. Aaron avait entamé le biberon de cette dernière. Pendant ce temps, les deux marmottes avaient rapidement rejoint leur lit pour le
peu de temps qu’ils leur restaient.
*****
Luca avait beau râler et pester contre sa « sangsue » de soeur comme il l’appelait, il passait son temps libre à la trimballer
partout. Aaron et lui sortaient leur petite dernière pendant qu’Alice se remettait de sa grosse fatigue et que Noah partait travailler. Les deux garçons était d’un grand soutien, surtout depuis
que Luca couchait la petite. Leurs balades entraînèrent forcément un nombre incalculable de rumeurs les concernant. Comme toujours, Aaron ne lisait pas les journaux et Luca affichait ses plus
beaux sourires sur les photos des paparazzis. Nicolas, qui leur rendait souvent visite, se moquait de lui et continuait à se chamailler avec le blond. Quand ce n’était pas un contrat « volé »,
c’était leur façon mutuelle de regarder leur conjoint qui n’allait pas. Ou encore parce que Luca refusait de laisser son cadet porter la petite de peur qu’il la casse. Aaron ne les écoutait plus,
tout comme Pepelline qui s’était déjà habituée à leurs comportements puérils avant de sortir avec Nicolas.
Aaron, qui n’avait pas repris contact avec d’autres écoles, continuait tout de même à manipuler son appareil professionnel. Quand il
ne s’entraînait pas sur son amant ou sa petite sœur, il sortait et se baladait. Julian Sheldon, le photographe de Luca, ayant été informé par son père le professeur Sheldon, avait proposé de
garder tout de même le jeune homme pour le stage qui était prévu avec l’école. C’est au début du printemps qu’il avait suivi vingt quatre heures sur vingt quatre, son compagnon dans ses
déplacements pendant plusieurs semaines.
Les mois passèrent vite et la petite grandissait en conséquence. Le mois de juin annonça ses six mois et déjà, elle s’habillait dans
les douze. Il avait fallu reprendre trois fois sa jolie petite robe pour le mariage d’Alice et Noah, prévu à la fin du mois. Alice avait harcelé bon nombre de couturières pour obtenir une robe
miniature de la sienne. Les garçons avaient trouvé ça tellement ringard mais aucun des trois hommes de la maison n’avait osé affronter la colère de la future mariée. Déjà stressé qu’il y ait un
imprévu lors de la cérémonie, elle ne tolérait pas la moindre critique sur son organisation et son style vestimentaire. La pauvre Jeanne, une femme d’une quarantaine d’années et spécialisée dans
l’organisation des mariages, n’arrivait pas à en placer une. Elle se contentait simplement de présenter les différents articles pouvant correspondre aux goûts d’Alice.
Luca accompagnait souvent sa mère. Les goûts et décorations, il en côtoyait alors il les avait critiqué d’un œil professionnel. Mais
il était surtout aussi exigent que sa mère. Tout le monde était absorbé dans leurs tâches. Cependant, un voile d’angoisse restait en suspend au dessus de leurs têtes. Alice avait peur de ne pas
tout organisé à temps. Luca…se portait comme un charme à vrai dire. Mais pour Noah et Aaron, un même nom planait sur leurs deux angoisses propres. Zacharie.
Bon -__- Personne n'a fais le lien ,ça n'a choqué aucun d'entre vous -_- bah en fait, j'ai fais une bourde heureusement facile à réparer. Alice accouche pas en plein printemps...sinon ça ferait
une grossesse de 12 mois quoi lol Bon c'est possible mais pas là. Alors c'est pas le printemps tout suite, mais encore l'hiver. C'est à la fin de ce chap qu'on arrive aux beaux jours
^^